Le monstre – Enki Bilal

Le Monstre - Enki BilalNike est né en 1993 dans un hôpital bombardé de Sarajevo. Il a maintenant 33 ans, mais, doté d’une mémoire exceptionnelle, il se souvient des premiers jours de son existence dans l’enfer de la guerre de Bosnie :

« I remember… J’ai dix-huit jours, et I remember les grosses mouches noires et l’air tiède de l’été qui s’engouffre par les trous béants de l’hôpital. A dix-huit jours, je peux reconnaître le souffle de l’air du souffle des bombes, et un tir de mortier d’un tir de T.34. A dix-huit jours, je sais que je suis orphelin et qu’on m’appelle Nike (prononcer Naïk). A ma gauche, dans le même lit, Amir, un jour de moins, dort, et à ma droite, Leyla, la cadette, dix jours à peine, braille. Eux aussi sont orphelins, mais ils ne le savent pas. Je suis l’aîné, et je jure sur les étoiles qui brillent au-dessus du plafond envolé de les protéger toujours. Je le jure. »

Son hypermnésie lui a permis de faire fortune en participant à de grands projets de banques de données mondiales, mais, se souvenant désormais de sa promesse, il décide de partir à la recherche de Leyla et d’Amir, dans un monde futuriste sombre et dangereux.

Enki Bilal Le Monstre
Quand Nike retrouve sa ville natale…

En effet, un groupe fondamentaliste religieux, l’Obscurantis Order, sème la terreur et commet des attentats de plus en plus spectaculaires, luttant contre tout ce qui touche à la science, la pensée, la culture et la mémoire. Autant dire que les dons de Nike les intéressent beaucoup. Nike va deveir un enjeu important dans une guerre mondiale contre l’obscurantisme.

Leyla et Amir sont tout autant en danger : la première est scientifique, et a participé à une découverte très importante, sur un site dont l’emplacement est un des secrets les mieux gardés, secret que cherche à percer l’organisation terroriste. Amir et sa compagne Sacha, à Moscou, acceptent la proposition d’un mystérieux et très inquiétant employeur…

Ce souverain pontife a quelque chose de Baconien

La réussite d’une bande dessinée tient à la fois dans son scénario, dans son intrigue, que dans l’univers graphique qu’elle propose, dans l’immersion visuelle qu’elle propose et qui sert l’histoire. Ici tout est réuni. Le dessin est dynamique, très « crayonné », donnant une vie saisissante aux scènes parfois surréalistes, avec un usage intéressant des couleurs, des touches de couleurs vives venant trancher dans le décor plus terne. Il y a du Bacon dans certaines planches. Cet univers essentiellement urbain, un peu usé et décrépi, sert d’écrin à une intrigue pleines de machinations et de secrets, de faux semblants, où l’on devine en arrière-plan une menace qui, au fur et à mesure de l’intrigue, prend corps de manière de plus en plus concrète, mais reste insaisissable au gré des rebondissements. Il y est question de mémoire, du Mal, d’expression artistique poussé dans ses retranchements les plus extrêmes, avec une touche lovecraftienne de bon aloi.

Le Monstre - Enki Bilal

« Le Monstre » devait être à l’origine une trilogie, composée de « Le sommeil du monstre » (1998), « Trente-deux décembre » (2002) et « Rendez-vous à Paris » (2006), est finalement devenu une tétralogie avec la sortie de « Quatre ? » (2007), finalement, à travers ce regroupement en un seul tome, les épisodes trois et quatre ont été fondus en un, l’ensemble redevenant une trilogie. L’ensemble réuni en un seul volume constitue un roman graphique fascinant, tant sur le fond que sur la forme.

Le Montre - Enki Bilal

 

Cette chronique pourrait s’inscrire dans cadre du mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran, dans la mesure où l’auteur, certes français, est né à Belgrade d’un père Bosniaque et d’une mère Slovaque, et que l’histoire est en lien avec la guerre de Bosnie.

 

Auteur : Enki Bilal

Titre : Le monstre (Le sommeil du monstre, 1998, Trente-deux décembre, 2002, Rendez-vous à Paris (2006), Quatre ? (2007))

Editions Casterman

ISBN : 9782203010475

7 commentaires sur “Le monstre – Enki Bilal

  1. Oui, je suis également séduit par le graphisme en plus de l’histoire. Et merci pour cette contribution au mois de l’Europe de l’Est, c’est la deuxième pour Enki Bilal, qui rentre bien dans les critères 🙂

    Aimé par 1 personne

      1. Merci pour ce commentaire, c’était aussi le but de notre côté. Quand je vois la liste des livres chroniqués et des participants, c’est très éclectique !

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